Christ est ressuscité !
Le Jardinier
Près de la tombe ouverte et vide Marie pleure Qu'a-t-elle vu
Deux anges en fleur avant l'aube deux amandiers de blanc vêtus
D'où filtre le matin pascal Du sépulcre ou de l'horizon
Ce jardin au bas du Calvaire l'âme inquiète en pressent le nom
Tout a fleuri en une nuit serait-ce donc le Paradis
Marie se trouve à la frontière où se dissipe l'interdit
Son oeil et sa raison s'ajustent pour faire en elle l'unité
De ce monde tel qu'il existe et tel qu'il est transfiguré
En tournant le dos à la tombe elle voit l'Arbre de la Vie
Le ciel en est le haut feuillage il évente la mer en lui
Le jardin est immense et net comme la plaine au point du jour
L'éternité est ce bel ordre tout instant y dure toujours
Tout s'y repose et tout s'y meut dans un silence modulé
Souffles sans nombre unique haleine par les vocables diaprée
Ce jardin grand comme le monde un sein au rythme régulier
Un coeur battant son humble histoire le circonscrivent tout entier
Marie son coeur est investi par cette paix autour de soi
Qui le suspend à le briser entre la terreur et la joie
Voyant Jésus qui est au centre mais qu'elle ne reconnaît pas
Du moins lui est-ce une présence d'interroger cet homme-là
S'il est venu d'aussi bonne heure ce doit être le jardinier
(Il l'est depuis l'aube des jours de cet Eden qu'Il a planté)
L'événement de la rencontre est pour tout homme en cet instant
Où Jésus bien qu'il soit au centre est souverainement distant
Jésus est là qui la regarde d'un oeil pour elle sans rayons
Bien qu'elle entende sa réponse elle n'en capte pas le ton
C'est pourtant le matin de Pâques Marie ne pense qu'à Jésus
Que de chrtiens se sont usés dans un pareil malentendu
Ce côté-ci de la frontière est notre honnête aveuglement
Nous cherchons Dieu Dieu et Le nommons comme un mur en nous y cognant
Celui qui est Se nomme en nous comme en Jacob à Péniel
Qui au nom d'Israël s'ébranle et cesse d'être virtuel
Il passe le gué du Jabbok et aussitôt voit de ses yeux
La face d'Esaü son frère comme on voit la face de Dieu
Le jardinier dit doucement : Marie ! Et s'étant retournée
Elle fait un seul pas vers lui comme Jacob franchit le gué
Se retournant est-il écrit Elle est pourtant là devant lui
Mais par ce nom qui la déchire elle revoit sa longue nuit
Dilacérée hors d'elle-même illuminée au fond de soi
Tout son corps se jette en avant pour toucher Celui qu'elle voit
Mais son esprit s'évide au centre où l'absent s'est manifesté
Cette intouchable certitude atteste le Ressuscité
Intouchable à l'instar du feu qui saisit tout que rien n'éteint
Tel est pour Marie le Royaume où s'éternise et meurt sa faim
Pierre Emmanuel